Effondrement et cauchemar
-Te voilà le dos au mur, et tu n’as l’air de rien.
Je veux dire que tu sembles penser à autre chose ;
mais si tes yeux se cachent derrière le feu de tes cheveux, tes
seins me fixent, effrontément.
-Effondrement : tu peux constater les dégâts, faire l’étai
au milieu des décombres.
Mais tes rondeurs ne trompent pas : elles sont la raison même du
séisme.
-Tu te tiens la tête à présent, pressentant,
devinant
que la vertigineuse chute de tes reins est peut-être pour quelque
chose dans celle de l’immeuble.
-Tu sembles étonnée par ce coup de tonnerre, la tête
prise entre tes mains, superbe cause et conséquence du désastre.
Et tu vas, extraordinairement nue.
-Te voilà encadrant la fenêtre, et piégeant la lumière.
-Tu regardes dehors, mais ton pied marque encore le mur d’une brûlure.
Et tes seins lézardent au soleil.
-Dans l’escalier qui manque, tu veux te faire rampe, et je rampe
avec toi.
-Te voilà marche, contremarche, mais dans quel équilibre
te laisses-tu planter ?
-Et puis, soudain consciente de ce drame, tu t’enroules, en montre
ta fossette.
-Ta fossette encore, violoncelle émouvant, et tout t’es pardonné.
-Alors, tu t’endors, ton bras comme un archet me chante une berceuse.
-A ton réveil, tu n’oses te montrer. Tu te montres pourtant
et c’est un jour nouveau : les soleils resplendissent.
© Laurent Juvecet
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