Violette
En découvrant le sexe de maître Igor dressé au cœur
d’un buisson de boucles déjà grisonnantes,
Mademoiselle
Violette sent monter en elle un sentiment attendrissant.
Elle enserre
d’un bras le chorégraphe et l’attire à elle.
Du bout de son ongle verni elle commence à dessiner sur lui des
arabesques délicates.
La jeune femme est heureuse de percevoir
les vibrations de ce pénis arque bouté, tendu vers elle.
Les mains de maître Igor caressent les cheveux cuivre, suivent le
contour de son visage .
Elle ramène son bras et le titille de la pointe de sa langue.
L’odeur franche de l’homme lui plaît. Lorsqu’elle
glisse sa main dans le taillis de poils frisés,
le souffle du chorégraphe
s’assourdit et il laisse échapper des mots incompréhensibles,
qui sonnent étrangement.
Concentrée, Mademoiselle Violette les enregistre sans y prêter
attention.
Sur une pression de l’homme, elle ouvre ses lèvres
et le prend dans sa bouche.
Les doigts de maître Igor ont glissé
derrière ses oreilles,
à cet endroit critique, en lui imprimant un ferme mouvement.
La langue de la danseuse le suit, et, à chaque impulsion, elle
sent le gland gorgé de vie emplir toute sa bouche.
Ses mains se
sont rejointes, faisant aux testicules un nid douillet.
A un moment, le chorégraphe se dégage, presque brutalement.
La clarté pénètre dans la chambre par la fenêtre
ouverte sur la rade,
le profil de la jeune femme se découpe sur
la lumière orangée des réverbères, reflétée
par la mer.
Maître Igor caresse le débardeur de Mademoiselle Violette
avec le dos de la main,
frottant les seins à travers l’étoffe,
et glisse ses doigts entre la peau laiteuse et le pantalon noir.
L’homme a un peu de mal à faire descendre le tissu élastique
le long des cuisses de la danseuse,
retirant aussi le slip dans le même
geste ; il ne lui enlève pas les chaussures.
Le chorégraphe retient de justesse un aboiement, en relevant les
yeux : elle a vraiment un cul admirable.
Il le souligne du plat de ses
mains, et demande à la jeune femme d’aller s’appuyer
à la fenêtre.
Mademoiselle Violette n’hésite pas : à petits pas,
elle trotte vers le rectangle lumineux ; posant ses coudes sur l’appui
de pierre,
elle observe que la mer est en train de redescendre.
Maître Igor reste un long moment immobile, fasciné par la
silhouette à contre-jour qui l’attend à quelques pas.
La lumière irise la chevelure de la jeune femme, ses épaules
s’arrondissent pour se fondre dans le flou des rideaux.
Il devine
à peine la cambrure des reins, et la ligne de séparation
des fesses se perd dans le noir.
Le chorégraphe se reprend et se dirige vers cette jolie fille.
Au dernier moment,
il ne peux résister à l’envie de
claquer la croupe émouvante. Glissant une main sous la cuisse de
la danseuse, il la remonte pour caresser le pelage soyeux, suit d’un
doigt le doux plissement jusqu’au sommet des fesses.
La jeune femme frémit comme une pouliche. Il se guide de la main
; ce n’est pas si facile.
Une vague de douceur envahit Maître Igor. Mademoiselle Violette
mord sa lèvre,
elle commence à rouler des hanches avec de
petits cris de chatte, déclenchant un murmure léger.
Sur
la pointe des pieds, une main sur l’épaule de la danseuse,
l’autre agrippant sa chevelure, le chorégraphe se met à
aller et venir vigoureusement,
le souffle rauque, la bouche pleine de grossièretés.
Dégrisée,
la jeune femme essaie de se concentrer sur un plaisir qui se mêle
de brûlures.
Devant eux, les vagues clapotent régulièrement.
Pendant un court instant, leurs deux regards se posent sur l’infime
ligne d’horizon qui sépare les bleus sombres de la mer et
du ciel.
Maître Igor hurle un court aboiement, puis se retire brusquement,
en s’accrochant au rideau qui se déchire, entraînant
dans sa chute la tringle et la cantonnière.
Il jure dans une langue
bizarre. Mademoiselle Violette se retourne, chancelante :
elle le voit,
assis au bord du lit, qui retire son préservatif et le jette dans
la corbeille à papier.
Elle croit même le voir s’essuyer
au revers du drap.
L’homme se rhabille rapidement, se tourne en direction de la porte,
hésite, revient vers elle, lui souffle :
« Au revoir, cher Amour. »
Il lui adresse un baiser sur la
pointe de ses doigts et quitte la pièce en refermant la porte derrière
lui.
La danseuse, seule au milieu de la chambre, se sent submergée par
le doute.
Avant le grincement de la porte d’ascenseur, elle entend
dans le couloir un sifflotement guilleret.
Elle envoie valdinguer la lampe de chevet, qui explose au milieu de la
pièce.
Après s’être complètement déshabillée,
Violette s’enferme dans la salle de bain.
Le claquement de la porte fait trembler l’hôtel.
© Laurent Juvecet
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