Cordes...
Franchement, j’ai tout d’abord pensé que cette histoire
n’étais pas dans mes cordes.
Et puis j’y suis revenu,
plusieurs fois, comme si peu à peu je ne pouvais plus me détacher
de ton image.
Encordée, alpiniste solitaire à la conquête d’un
sommet, d’un pic, qui semble toujours s’éloigner.
Et
toi tu restes là, amarrée à toi-même, barque
secouée par un courant violent. Le vent te fait mettre à
genoux,
peut-être pour prier, mais il gonfle tes voiles et les cordages
se tendent.
J’entends d’ici craquer les planches du parquet.
Tes pieds ne touchent plus le sol. Ta tête frappe le mur.
Te voilà
prisonnière, empaquetée et ficelée pour un transport
que tu ne peux pas voir. Collée à la cloison.
Je ne sais
pas si tu priais, tout à l’heure, mais te voilà en
croix :
douze images, douces images, comme les douze disciples d’une
étrange passion.
A genoux, tes mains liées après
je ne sais quel délit, je veux te délier.
Mais la corde
passe en tes endroits secrets,
s’enroule sur tes poulies , se glisse en tes rainures. La corde
t’habille ou te déshabille si subtilement, je ne sais plus.
Et je n’ose pas encore (on se connaît si peu). Je ne peux
pas te détacher, ni me défaire de ton charme.
Et , je restes là, prisonnier, même si la ficelle est un
peu grosse.
© Laurent Juvecet
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